Les portraits à travers les idées
Les contextuels
Le chiffonnier est une figure incontournable d’une capitale française submergée par ses immondices. L’organisation du métier de chiffonnier est complexe, entre ses règlements et nomenclature de gratteurs, gadouilleurs, piqueurs, placiers... Ces hommes et femmes au panier d’osier sur le dos, lanterne et crochet à la main, étaient omniprésents avant que les boîtes de tri du préfet Poubelle et les progrès de l'industrie papetière ne marginalisent leur profession. Dans ce contexte de paysage urbain, Édouard Manet et Charles Baudelaire sont à l’art et littérature ce que le chiffonnier est au caniveau, des recycleurs de détritus.
Un cadre social pour Un enterrement à Ornans de Courbet. Contrairement aux prédictions de Proudhon, le culte des morts demeure une pratique bien vivante dans la France de la seconde moitié du XIXe siècle. Les traditions funéraires évoluent, variant selon le statut social et les moyens financiers ; les célébrations des morts et les visites aux cimetières conservent leur importance en tant que lieux de promenade, de recueillement, avec leur code vestimentaire et étiquette, reflétant jusqu’aux tensions politico-religieuses qui divisent le pays.
Quand l'État français tente d’encadrer légalement le plus vieux métier du monde. L’étude de l’organisation de l’activité prostitutionnelle française entre 1850 et 1900 permet d’enrichir l’analyse des peintures de scènes de genre, qu’il s’agisse des œuvres de Toulouse-Lautrec, de Manet, Béraud, de Nittis… Le métier, avec ses maisons spécialisées, hôpitaux, système d’encartement, prison, police etc. était alors entièrement voué au contrôle de la meurtrière syphilis, dont souffrait la majeure partie des artistes et auteurs français.
Paris est alors la capitale européenne du tourisme galant autant que culturel. La marchandisation du corps féminin est une activité parfaitement rodée. Le succès des brasseries à femme et magasins prétexte, des catalogues de vente d’actes sexuels, les codes et subterfuges de l’activité prostitutionnelle, tous révèlent une industrie prospère. Même les guides touristiques, traduits en plusieurs langues, sont là pour orienter provinciaux et étrangers dans ce dédale du commerce de la galanterie.
La littérature et les arts se nourrissent de la confusion des genres. La prostituée vénale est le pendant de l’épouse virginale. Or l’édifice qui sépare les unes des autres craquelle. Les épouses ou jeunes-filles à marier, traditionnelles gardiennes de la morale bourgeoise, adoptent peu à peu le maquillage, la teinture rousse, le miroir ou l’art de se baigner. Maîtriser les étiquettes du savoir-vivre de l'époque permet d’identifier les ambiguïtés en littérature comme en art dont se jouent Flaubert, Zola, Manet et les peintres impressionnistes.





